
Après avoir terminé ses études, Charles Lumley décide de s’isoler pendant trois semaines dans la petite ville reculée de Stotwell pour réfléchir à ce qu’il va faire de sa vie. Suite à un échec amoureux et à une indécision totale, il choisit de s’éloigner du monde qui l’entoure et de se retirer discrètement, devenant tour à tour laveur de carreaux, chauffeur, trafiquant de drogue, videur dans un club… Il explore chacun de ces univers, cherchant à y trouver son chemin et son identité.
John Wain nous plonge dans l’Angleterre du milieu du XXe siècle, une société de classes où règne encore l’ancien monde d’avant-guerre et ses dogmes. Ainsi, Charles fait partie de cette génération des “jeunes gens en colère” qui refusent la binarité du monde et les cases imposées par la société. Dès le début du roman, Charles décide de quitter sa position bourgeoise, de rejeter l’idée de faire carrière, de simplement choisir une voie, et préfère partir en marge de la société. C’est ainsi que Wain nous fait découvrir, avec une plume extrêmement touchante, un regard juste et bienveillant, toutes les strates sociales de cette Angleterre encore incertaine sur son avenir après la guerre et les aspirations de sa jeunesse.
La première aversion de Charles Lumley est le règne de l’argent et l’impact qu’il a sur les relations humaines, à quel point il définit, selon lui, tous les aspects de la société de manière cardinale. En devenant laveur de carreaux et en vivant avec Betty et Froulish avec presque rien, il adopte une vie en marge. Toujours à la recherche d’une forme de paix, loin des standards de performance imposés par la société, Charles critique violemment, et tourne avec beaucoup d’humour en dérision, tous les jeunes gens de son âge qui, déjà, rêvent en bons libéraux de leur carrière, de l’image qu’ils renvoient, et des échelons qu’ils ont encore à gravir dans la société.
Pourtant, Wain, en 345 pages, n’épargne pas son personnage principal, le jetant tour à tour dans des doutes terribles, des jugements, des moments de folie, des régressions. Ni libéral, ni communiste, ni riche, ni pauvre, Charles est cet individu constamment en mouvement, en recherche, toujours en lien avec ces fragments de vies touchantes, toutes engagées, convaincues que, quel que soit le résultat, elles laisseront une empreinte. C’est le cas de Froulish, sûr de devenir un grand romancier, de Walter, qui nous parle avec passion de la mécanique de sa moto et comment, en la trafiquant, il va battre des records, ou encore de Dogs, qui harcèle Charles pour lui arracher un article et devenir journaliste. Wain nous donne à voir toute l’humanité, dans sa plus grande sincérité et abnégation, mais aussi dans le mensonge et la fausseté la plus totale.
Ce sont les éditions du Typhon qui nous livrent ce texte dans leur remarquable collection Soleil Noir. Basées à Marseille, elles accomplissent elles aussi un travail titanesque, faisant éclore une littérature et des œuvres qui nous poussent à espérer une troisième voie, un autre monde… ou bien, comme Charles Lumley, d’autres vies.
John Wain, Hurry On Down, les vies de Charles Lumley, Les éditions du Typhon, collection Soleil Noir, 2024. Traduit de l’anglais par Sarah Londin, 345 p.
A fine
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